16 mars 2007
Pub copinage
Je vous présente les comix de Eddy Coubeau, le premier européen à travailler directement pour une maison d'édition au Vietnam. On se connait depuis quelques années et nous nous sommes retrouvés à Saigon l'année dernière. A l'époque, je bossais moi même sur un projet de comix pour une filiale de Kim Dong, mais le projet a finalement foiré. Je me rappelle qu'avec Eddy, on avait été voir les éditeurs de chez Nha xuat ban tre, pour essayer de les mettre en contact avec le magazine Spirou qui voulait faire un spécial Vietnam. Aujourd'hui Eddy publie ses premiers albums chez eux, en vietnamien! Pour ceux que ça intéresse, sachez qu'il a dû bosser à un rythme haletant, puisqu'il avait comme consigne de produire un album de 46 pages couleur, scénar compris, en un mois et demi! Pour le salaire, il a bien sûr été payé en millions! De Dongs.

Voici les deux premières couvertures. Comme on peut l'imaginer, l'histoire raconte les aventures d'un super héros vietnamien, mais je n'en sais guère plus. Allez, encore trois comme ça et c'est bon.
A noter, le fait que son nom n'apparait pas sur la couverture.
15 février 2007
Le retour!





23 septembre 2006
Japon flashback 02.

Je marchais dans Ozaki alourdi par mes affaires et par une nuit presque blanche passée dans l'avion. Cette petite agglomération au charme tout relatif, n'était en rien différente de toutes les autres, Hirakata, Kozenji ou Korien. Il y faisait frais et une des premières choses que je fis, fut de m'acheter une canette de café chaud dans un de ces kombini, un de ces nombreux magasins éparpillés tous les 200 mètres et ouverts 24 heures sur 24. C'était bon de se poser sur ce banc, de déguster cette lavasse aromatisée et de commencer à imaginer la suite.
Je me mis en quête de trouver la maison de Reika.
Curieusement, les noms inscrits sur la plupart des boites aux lettres
de la rue, l'étaient en caractères romains, exotiques. Je les lisais un à un et
c'est finalement un nom de famille écrit en kanji qui m'interpella. De
mémoire, je reconnu le nom Kanno. Je me sentais un peu fébrile d'avoir fait tout ce chemin pour me retrouver là ce matin. je n'avais plus qu'à frapper à la
porte. Mais l'horaire était vraiment trop matinal pour oser déranger la belle au Japon dormant. Je m'assis donc devant sa maison pour la dessiner.
Après ce tour de repérage, je décidai de revenir sur mes pas afin de laisser tourner un peu l'heure.
Dans un petit café pas très branché, plutôt tendance salon de thé pour grand mère, Je rencontrai un japonais parlant le français qui avait vécu vingt ans à Nice. Il avait fait ses études aux beaux arts lui aussi. On prit le temps de discuter un instant. Avant de partir, il paya discrètement le prix de ma commande. Je ne le su qu'au moment de quitter moi même le café.
Et maintenant, j'étais là, à nouveau devant sa porte et je frappai pour m'annoncer.
Un homme m'ouvrit et me regarda avec étonnement. Dans un japonais balbutiant, je lui expliquai du mieux que je pu que j'étais un ami de Reika Kanno et que je souhaitais la voir. Il se passa la main dans les cheveux pour s'aider à assimiler ce que je venais de bégayer, puis il m'indiqua la maison voisine. Il s'appelait bien Kanno lui aussi, j'en déduisais que ce devait être un cousin.
Je sonnai à la deuxième maison. Une vieille femme tirée de son sommeil, la coupe en pétard, semblait encore plus étonnée de me voir que le type d'à côté. Elle jetait des regards à droite et à gauche en espérant de l'aide, quand le voisin revint à la rescousse. Il m'invita à le suivre et sonna à la troisième maison concomitante.
Comme en un lent crescendo, j'avançais pas à pas, de portes en portes, toujours plus près du but. J'avais le sentiment d'avoir été catapulté dans un conte pour enfant, j'étais le loup venu la langue pendante, renifler l'odeur des trois petits cochons. S'ils avaient ouvert, je n'en aurais pas été surpris.
Ce fut une femme d'une cinquantaine d'années qui poussa la porte. Le cousin me laissa lui parler, puis elle alla réveiller sa fille. J'attendis un instant devant le perron. Reika apparu enfin. A ma vue, elle écarquilla les yeux et me pria de l'enlacer. Sans vraiment réaliser encore que j'étais bien là, elle me fit entrer chez elle et me demanda de ne pas faire attention au désordre. C'est vrai que la maison était envahie de jouets, de bouquins, de fringues et de toutes sortes d'autres trucs semés un peu partout. C'est rassurant de constater que le bordel n'est pas un monopole français. Je montrai à Reika le dessin de sa maison, qui n'était pas la sienne donc, Je bu mon troisième café de la matinée et attendit qu'elle se soit aprètée pour une balade en vélo.
Elle était encore plus jolie que lors de notre rencontre au Vietnam. J'étais sur un nuage. Un ami qui l'avait rencontré à Ho Chi Minh quelques semaines plus tôt, m'avait dit d'elle qu'il avait rarement vu une fille aussi belle avec une personnalité aussi naturelle. Reika ne se la jouait pas, ne prenait pas les gens de haut et sa sincérité était touchante. Elle était juste bien dans sa peau et je la retrouvais telle que je l'avais connu.
Nous priment la peine de faire un voeu dans un temple. D'un pays à l'autre, les voeux ne sont que rarement offerts, il faut toujours se délester d'une pièce de monnaie pour plaire aux divinités! Ah, la bonne fortune!
Elle me demanda ce que je souhaitais manger, j'avais envie d'un okonomyaki. Dans le restaurant, l'ambiance était très familiale en ce dimanche. C'était mon premier jour au japon depuis longtemps et je me sentais en terrain connu, à mon aise. Pour la deuxième fois de la journée je fus invité. Après le repas, nous revînmes chez elle et décidames de partir pour Osaka afin que j'y réserve ma chambre d'hôtel.
J'étais un peu fatigué, mais je tenais à profiter de cette journée au maximum. Mon oreille droite cependant me lançait un peu par vagues espacées.
A Shinh-Imamiya, mes premières images furent celles d'un hall d'immeuble où des dizaines de sans abris attendaient qu'un yakuza leur fasse signe pour un travail à la journée. La sortie de métro débouchait juste en face de cette vision de précarité au pays du progrès. Comme les chaussettes Kindy, au Japon, La pauvreté ne se cache plus.
Pour 1000 yens la nuit, ma chambre d'hôtel ne devait pas faire plus de quatre mètres carrés et la douche était au rez de chaussée. J'étais au 7e étage. Pour l'heure, en cette fin d'après midi, on se devait de rejoindre la soeur de Reika pour notre première leçon... de salsa! Je savais que j'y prendrais part longtemps avant. Lorsque j'étais encore au Vietnam quelques emails plus tôt, Reika m'avait annoncé son inscription à un cours de danse cubaine qui débutait ce dimanche. J'avais eu tellement envie d'être son cavalier. Quoi que... Dans mon fantasme, ce n'était pas tant de la faire valser que de lui tomber dans les bras qui m'enchantais. J'aurais aimé n'être qu'une mouche finalement. A choisir, du cavalier ou de l'étalon, évidemment...
Mais bref, la question fut tranchée dès les premières mesures. Je faisais effectivement plutôt figure de drosophile que d'équidé et ma paire d'ailes ne m'était d'aucun secours. Je ne comprenais rien à ce que disait le professeur, un minet qui devait pratiquer des heures supplémentaires en cours de langue généreusement offerts et je tentais de faire mienne la technique asiatique: copier d'abord, innover ensuite. Malheureusement j'étais coincé dans mon apprentissage à l'européenne, pataugeant dans mes erreurs avant de songer à progresser.
Après une heure de cette humiliation avec différentes partenaires, le cours prit fin. Quelques danseurs gigotaient encore harmonieusement quand mon oreille refit parler d'elle. La fatigue de la journée, plus les déhanchements ratés venaient de réveiller une douleur enfouie.
J'aurais du laisser les deux filles et rentrer me reposer, mais elles me proposèrent d'aller au karaoke. Là au moins, je me sentirais plus à mon aise. Après un an au Vietnam, le karaoke c'est comme une seconde peau. Mais la douleur ne se dissipa aucunement, au contraire. Dans le métro pendant le trajet de retour, j'eus cette pensée angoissante. Et si au moment de me retrouver dans ma chambre d'hôtel, seul, la douleur s'intensifiait?
En inclinant ma tête à l'horizontale sur l'oreiller, le lancinement redoubla. A partir de cet instant, Il me fut impossible de fermer l'oeil de toute la nuit.
Je n'étais pas dans les bras de Reika, j'étais seul dans cette chambre
au septième étage et malgré la hauteur, plus proche de l'enfer que du
fameux septième ciel. C'était comme une rage de dent. La douleur me descendait jusque dans la mâchoire. J'essayais de me distraire en regardant la télé jusqu'à trois heures du matin, espèrant que le sommeil me prenne, mais l'étau qui me faisait souffrir n'en finissait plus de se resserrer sur ma tempe. je grelottais dès que j'essayais de me mouvoir. Soudain, mon oreille se boucha complètement et je fus pris de peur. Les pires scénarios commencèrent à défiler dans mon esprit malmené.
A quatre heures trente, je descendis dans le hall, chancelant à moitié et j'appelai Reika, lui laissant un appel désespéré. Je m'assis dans le fauteuil de la réception et n'en bougeai plus, la tête entre les mains, égrenant les heures, les minutes jusquà jusqu'à ce qu'elle arrive, cinq heures plus tard. L'attente avait été longue, j'étais heureux de voir quelqu'un de familier.
Au Japon, les généralistes travaillent dans les hôpitaux, ils n'ont pas de cabinet particulier comme en France. J'expliquai au docteur l'explosion de douleur qui m'avait fait souffrir lors de la descente de l'avion. Reika traduisait. Après une dizaine de minutes, le docteur écrivit une ordonnance et me dit ce que j'avais: chujien. Problème de décompression? Quelques minutes plus tard j'étais à la réception, payant de ma poche les 5000 yens comprenant la visite et les médicaments. J'avalai d'emblée l'anti douleur. J'allais pouvoir commencer à me sentir mieux.
De retour à l'hôtel, je me décidai à appeler le couple que j'avais rencontré la veille, Mihoko et Yuichi. Je leur expliquai ce qui m'était arrivé, portant à leur connaissance le diagnostic du docteur et leur demandais s'ils pouvaient m'héberger, je ne souhaitais pas dormir seul à nouveau, c'était une demande exceptionnelle. Ils me prièrent de venir sans hésiter. je pourrais rester le temps que je voudrais.
Reika avait décidé de passer la journée avec moi, nous partîmes ensemble chez mes amis à Toyonaka, une petite ville à environ une demi heure de train de Shin-Imamiya.
je n'avais pas dormi de la nuit mais à présent ça n'avait plus d'importance. J'avais bravé des milliers de kilomètres pour retrouver cette fille et j'étais à côté d'elle, ça me plaisait assez. L'anti douleur faisait effet. Mon anti douleur, c'était Reika.
22 septembre 2006
Japon flashback 01
En
quittant le Vietnam le 8 Avril dernier, je ne savais pas où j'allais
vraiment loger en arrivant à Osaka. J'avais bien l'adresse d'un
quartier où les hôtels étaient parait-il très peu onéreux, mais
j'espèrais qu'il ne s'agirait là que d'une solution temporaire. Je
n'avais pas d'idée précise sur la durée éventuelle de mon séjour, tout
dépendrait des opportunités qui se présenteraient, des fluctuations de
la météo, de la floraison des sakura, du nombre de papillons au
kilomètre carré et surtout de la direction du vent. Les feuilles sur
lesquelles je me posent sont tributaires des caprices du temps.
La
semaine précédant mon départ, j'avais répondu à des petites annonces
sur un site japonais. Des étudiants, en grande majorité, y proposaient
des collocations à prix variés. Avec l'aide d'une amie japonaise,
j'avais répondu à quatre d'entre elles et avais reçu deux réponses
favorables. La première venait d'un garçon qui étudiait le français et
qui vivait à Hirakata, là où j'avais vécu moi même sept ans auparavant
et l'autre émanait d'un jeune homme de 25 ans qui souhaitait emmenagé
avec quelqu'un, mais pas avant Août. Il avait précisé dans son mail :
"English Ok".
Pour tout dire, je ne m'étais pas préparé plus que ça
pour mon départ. Ce samedi matin, après une séance de piscine, j'étais
rentré à mon hôtel, au 199 rue Bui Vien et après avoir fait le tour de
la question, j'avais finalement cédé à une impulsion, j'avais suivi mon
envie irraisonnée, la foudre venait de me percuter. Ce qui aurait dû
nécessiter un bon mois de réflection, fut soldé en trois battements de
coeurs. Electrisé, je rassemblais mes affaires, j'allais acheter un
billet d'avion dans l'agence la plus proche, changer mes millions de
Dongs en milliers de Yens, appeler mon ami Bono pour une course au
Saigon square afin de me payer un manteau pour les grands froids et en
fin d'après midi, je réunissais mes amis en catastrophe pour un dernier
verre avant mon départ! A neuf heures j'embarquais, sans même avoir eu
le temps de dire ouf.
Mais qu'allais-je faire au Japon? je n'en
savais pas grand chose moi même, si ce n'est que j'allais y courir
après une chimère, une très belle chimère.
Dans l'avion, je pris ma
place à côté d'un jeune couple. Mes deux voisins Mihoko et Yuichi, de
retour de leurs vacances au Vietnam, sympathisèrent très vite avec moi,
de sorte que le voyage me parut très court. Pour me mettre au diapason,
je fis des efforts en japonais, qu'ils ne soient pas les seuls à parler
dans une langue qui n'était pas la leur. Je leur racontais ma journée
qui avait défilé à la vitesse de la lumière et tentais de mettre des
mots sur le flou artistique qui allait décider de la suite des
événements. Surpris d'apprendre que j'étais parti bille en tête, on le
serait à moins, ils se consultèrent un instant. Leur proposition
spontanée de m'inviter à vivre chez eux, le temps de me créer les
conditions de mon indépendance, ne pouvait pas mieux tomber.
Certains
appellent ça de la chance. Moi, j'étais parti confiant, prèt à accepter
les moments de galère en solitaire, sachant par expérience que les
chemins qu'on choisit d'emprunter par audace ou insouciance, atypiques,
incertains, délivrent toujours leur lots de bonnes surprises. Elles
n'en ont que plus de valeur.
Je pris leurs coordonnées avec
gratitude, mais je ne voulais pas abuser de leur bonté et les assurais
que tout irait bien pour moi. Ils insistèrent pour me signifier que je
serais le bienvenue en toute occasion et que je ne devais pas hésiter à
les contacter si besoin était. Les rencontres ne sont jamais aussi
propices que lorsqu'on voyage seul et du fait, on ne le reste jamais
longtemps.
Lors de la descente, peu avant l'atterrissage, mon
oreille droite se boucha et lorsque je voulu en chasser l'air, celle ci
explosa douloureusement de l'intérieur. Fort heureusement, après
quelques minutes, la douleur se dissipa.
Il était six heures du
matin quand l'avion se posait. J'avais expliqué à mes amis que la
raison qui m'avait poussé à partir, avait un sourire à tomber par terre
et un grain de beauté sous l'oeil droit qui la rendait irrésistible. Le
seul indice que j'avais pour retrouver sa trace était l'adresse qu'elle
avait laissé dans mon carnet. Yuichi fit un rapide tour sur une borne
internet et y débusqua pour moi un plan de Ozaki, m'indiquant avec
précision où je devais me rendre. Je quittai Yuichi et Mihoko en les
remerciant pour tout et en leur promettant de passer les voir bientôt.
Cela
faisait quatre ans que je n'étais pas revenu au japon. Ce dimanche
matin, je portais un manteau d'hiver en plein mois d'avril, j'avais
fait un bond de plusieurs milliers de kilomètres en une nuit pour la
beauté du geste et je marchais maintenant dans une ville encore
endormie, déterminer à aller au bout de ma folle entreprise. J'étais
seul et heureux d'avoir osé déployer toute cette énergie pour une idée,
un moment de poésie, l'envie toute simple de faire une surprise. Pour
le plaisir de voir un visage s'éclairer, ému par l'intensité d'un
déplacement d'air chargé d'émotion.
21 août 2006
Ici aussi.
Il y a des endroits sur la planète qui donnent une idée du paradis... Terrestre.
A Kurama au japon, à Ko Chang en Thailande, à Sapa au Vietnam, les paysages rimaient avec émerveillement. Mais le dépaysement peut se trouver aussi au pas de sa porte, ou presque. A quelques quinze kilomètres de chez moi, il y a cette rivière qui coule dans les bois, au milieu des lichens et des mousses. L'eau s'y écoule, retenue par de petites vasques que le temps s'est chargé de façonner.
Mais je vais m'arrèter là. Même sans parole, les photos en diront plus que moi.

08 août 2006
Les voyages de la nuit. Rêve du 11 Janvier 2006.
Je suis dans une bibliothèque. Je vois arriver près de moi un type assez grand et fin, genre premier de la classe un brin trop sérieux. Il s'agit du mari d'Anne Emeline. Elle est avec lui. Elle n'a pas changé. Elle disparaît rapidement et je me retrouve seul avec lui. Il a l'air de vouloir en découdre avec moi. Il me dit "je vais te casser la gueule" en me parlant a deux centimètres du visage. Je l'attrape par le col, lui enserrant le cou et le retourne comme une crêpe en le projetant sur le sol. Je suis sur lui, il est à plat ventre, la tête mal positionnée. Sa nuque fait un bruit de craquement. Avec appréhension je la lui remets en place. Ayant le dessus, je finis par le lâcher et lui dit que je ne souhaite pas me battre avec lui. De toute façon, il a compris la leçon.
Nous discutons ensemble et tout en montant les marches d'un escalier jouxtant le mur extérieur de la bibliothèque, je me dis que je ferais bien de continuer l'entraînement de Kung Fu, c'est profitable.
Je lui raconte qu'en voyant Anne Emeline, évidemment mon coeur s'est mis à battre, que je me suis senti chavirer, quoi de plus normal après avoir vécu avec elle si longtemps. Je lui dis aussi que je ne suis pas le genre de mec à prendre la femme ou la copine des autres. Elle et lui ont un enfant, je ne veux pas briser les familles. Je respecte ça.
Il est tout penaud, je le laisse s'en aller.
Dans la rue, je passe devant une affiche de ciné. Instantanément je le reconnais lui, un faux sourire de travers à la Clark Gable, affublé d'un couvre chef d’aventurier ridicule. Il est en gros plan, tandis qu'Anne Emeline est en bas à gauche de l'image, vêtue et coiffée comme une actrice des années trente. Ils ont des noms d'emprunts à la con. Elle s'appelle quelque chose Ephemberg et lui porte un pseudo franchouillard bidon. Ils sont acteurs tous les deux et jouent dans des films de série Z. Je vais voir le film.
La scène que je regarde est assez banale. Dans une pièce genre cuisine de HLM vide, trône une table autour de laquelle sont assis trois personnages. Lui, Anne Emeline et un autre type flou. Leur jeu d’acteur est très mauvais. Je décide de les rejoindre dans leur film et comme dans "La rose pourpre du Caire", je traverse l'écran et me retrouve avec eux dans la pièce fade. Ils ne me voient pas et continuent à massacrer leur rôle. Je fais le tour de la table, je les regarde. Je peux les toucher sans qu'ils le sachent.
Je m'approche d'Anne Emeline. Je suis derrière elle. Je la vois de trois quart, plutôt d'assez haut. Je la touche. C'est incroyable. Elle finit par s'en rendre compte, elle est la seule. Se retrouver après tant d'années est si émouvant. Mais son mari est la, on s'éclipse.
Elle m'entraîne dans une sorte de boite de nuit en dehors de la ville. Une bâtisse construite dans un endroit désert près d'une gorge. Il y a peu de végétation.
A l'intérieur, l'ambiance est celle d'un club confidentiel.
Nous montons à l'étage. Il y a deux ou trois couples qui dansent dans la pénombre. On s'embrasse. Sa langue est couverte d'inscriptions, de petits textes gravés profondément comme des scarifications. Son corps est tatoué de la même manière. Elle me dit que c'est pour ne pas m'oublier. Ca parle d'elle et moi, de nous quand nous étions ensemble. Ses seins ont un goût de caramel fumé. C'est étrange, elle n'est plus tout a fait la même, comme si elle s'était un peu égarée dans la vie, prenant un chemin qu'elle n'avait pas souhaité. Mon sexe ressemble à une sorte de méduse oblongue et translucide qui perd des morceaux liquides de lui même. Je rassure Anne Emeline en lui disant que ça m'arrive parfois dans mes rêves. Son mari est de nouveau avec nous, quelque part dans la salle.
On s'embrasse, elle me tire vers le sas d'entrée, il y a deux portes devant nous. J'ouvre celle de droite. Un couple baise sur un lit, je la referme immédiatement. J'ouvre la porte de gauche. Un japonais traîne une femme par les pieds vers les toilettes. Elle laisse une traînée de sang sur le sol. Il l'a tué. Je referme la porte.
Il ressort, je ne sais pas s'il m'a vu. Je vais avertir les gens qui dansent de ce qui vient d'arriver. En revenant dans le sas, il me regarde en tenant à la main un drôle de flingue. Ca ressemble a une sorte d'agrafeuse électrique couplée avec une seringue en inox. Une petite pièce de métal triangulaire amovible termine le canon. Il s'approche de moi, j'ai le temps de retourner l'arme contre lui. Il appuie sur la gâchette plusieurs fois, mais il n'y a aucune détonation. L'arme est vide. Je réussis à lui enfoncer le bout contondant du canon dans la chair a plusieurs reprises. J'appelle qu'on vienne m'aider, mais personne ne réagit.
Il réussit à sortir au dehors et tente de s'échapper. Il a maintenant une combinaison de plusieurs couleurs, à forte tonalite rouge. Il vole au dessus des gorges avec son arme transformée en petit aéroplane. Je cours à côté de lui sur le bord de la falaise. Il atterrit sur l'autre bord. Il déploie alors trois étranges ballons ovoïdes en tendant son arme vers le ciel. Il replonge vers le fond de la gorge avec son attirail et disparaît dans la brume. Avant de me réveiller, je me demande si je saurai me souvenir de son visage pour en donner le portrait robot à la police.
07 août 2006
Quatre garçons dans le vent.
Je ne suis plus en Corée depuis le 29 Juin 2006.
Je suis chez moi, en France, dans la maison de mes parents, relié au reste du vaste monde par le biais de mon courrier électronique. Je consulte mes emails chaque jour. Ce pourrait être une forme d'addiction, mais c'est surtout un choix. Comme je suis réfractaire au téléphone portable pour des raisons liées à ma préhistoire, je me tiens donc pendu à un autre fil, celui de mon ordinateur. On peut toujours me joindre, que je sois de l'autre côté de la terre ou devant le pas de ma porte.
C'est ainsi qu'il y a cinq jours, j'ai reçu le mail de quatre coréens, rencontrés dans l'avion à mon retour de Séoul. Nous avions sympathisé et comme un jour de fin de colonie de vacances, nous nous étions échangés nos adresses au moment de nous quitter. Ce matin là, à l'aéroport de Roissy, ils mettaient pour la première fois le pied en France, pour un tour d'Europe en 40 jours. Sachant qu'ils allaient prendre possession de leur voiture de location au sortir de l'avion, j'eu une pensée ému pour leur conducteur. Après 12 heures dans les nuages, l'aîné du groupe, le seul à avoir une assurance, allait faire son baptême de la route en région parisienne, dans le maelström de ses échangeurs, dans le gloubi boulga de ses bretelles d'autoroutes et le bordel organisé vers ses voies d'accès saturées.
David, James, Wien et cobe (Ils portent bien sûr tous les quatre un prénom et un nom coréen, mais comme aucun étranger ne parvient à s'en souvenir correctement, ils se présentent toujours sous un prénom d'emprunt), m'ont rappelé à leur bon souvenir, alors qu'ils étaient en Italie, à Pise. Comme nous en avions convenu dans l'avion, j'ai réitéré mon invitation. Un deuxième mail m'est parvenu de Arles, m'avertissant de leur arrivée. Le 04 Août en fin d'après midi, je voyais leur 307 se garer devant la maison.
En 12 heures de vol, on avait eu le temps de bien bavarder, mais en vérité nous ne nous connaissions pas. C’était amusant de voir débarquer quatre types, de qui mes parents et moi avions tout à découvrir. D'abord nous leur avons offert un coin de jardin pour qu'ils y plantent leur tente. Ensuite je leur ai proposé une balade en ville vers la cave à vin la plus proche, histoire de nous mettre tous sur un même pied d'égalité. Après cinq verres de dégustation et des couleurs qui faisaient plaisir à voir, on est tous rentrés en courant sous une pluie battante. Ensuite ils ont pris leur douche, tous ensemble comme les joueurs d'une équipe de rugby. C'est que deux ans de service militaire obligatoire, forgent les esprits masculins à la vie en communauté, et pas seulement. L’amitié y gagne en solidarité et le physique en musculature. Quand on se balade dans les rues de Séoul, c'est un peu comme si l’on déambulait dans les coulisses d’un tournage de sitcom. Les garçons âgés de plus de 25 ans sont tous taillés en V.
Finalement après le repas, on s’est dit qu’ils seraient mieux à l’intérieur et on leur a préparé des chambres. Ils étaient ravis.
Le lendemain, ils ont donné un coup de main pour la découpe d’une ouverture dans le béton cellulaire du couloir. Ca a donné lieu à une bonne poilade vu que chacun s’y prenait avec une technique au style personnalisé. Photos à l’appui, force est de reconnaître que la main d’œuvre asiatique est toujours exploitée de par le monde.

Suite à cet interlude révoltant, j’ai joué au guide en les emmenant dans quelques boutiques du terroir et en leur faisant voir les villages alentours. Ils se demandaient s’ils arriveraient jamais à rencontrer une européenne. Ils pensaient qu’elles ne s’intéressent pas aux asiatiques. C’est vrai que les hommes dans le cas des couples mixtes, sont plus souvent des occidentaux, mais l’inverse n’est pas une exception pour autant. J’essayais de les rassurer tout en réalisant moi-même que c’était bien la première fois que j’accueillais des garçons chez moi, alors que tant de Japonaises y avaient déjà été invitées.
Le soir venu, c’est eux qui se sont proposés pour cuisiner. Nous avions été faire des courses dans un supermarché dans l’après midi, mais ils avaient déjà avec eux tout un set de produits coréens. Des sauces, une préparation en poudre pour une boisson dont j’ai oublié le nom et même du kim chi, la spécialité culinaire de leur pays.
Ils ont investit la cuisine et ont assuré comme des bêtes. Ils nous ont fait des mets typiques que je vais massacrer avec une orthographe inappropriée : pulkogi, bibimbap et des omelettes au calamar. Pour un soir la maison s’était transformée en restaurant coréen.

Avant de se coucher, ils sont allés piocher des BD érotiques dans la bibliothèque, comme la veille d’ailleurs. N’allez pas en déduire que les Coréens sont des érotomanes avertis, bien au contraire. En fait, je me doutais qu’en leur montrant l’accès à cette partie de ma collection, ils s’y intéresseraient pour une double raison. D’une part parce que nul homme ne résiste au plaisir de se plonger dans ce genre de littérature illustrée et d’autre part, parce que chez eux ce genre d’ouvrage est interdit. David a particulièrement apprécié « Fraises et chocolat » de Aurélia Aurita, tandis que les autres se sont tournés vers les « morbus gravis » et « la fleur amoureuse » de Cadélo.

Le troisième jour, nous les avons aidé à tracer leur itinéraire jusqu’à Paris. A midi, valeur sûre entre toutes, le poulet frite a fait fureur. Nous, on était super content de leur visite, on avait passé trois jours avec quatre mecs super sympas, curieux de tout et très intéressants. Eux nous ont dit que de leur voyage et ses 8000 Kms, après avoir traversé la Hollande, la Tchécoslovaquie, la Suisse, l’Italie et la France, c’est de ces trois jours dont ils se souviendraient le plus. Et n’en déplaise aux modestes, je veux bien les croire.
Je veux bien les croire, puisque c’est ce que je retiens moi-même de mes voyages.
La chance de pouvoir être accueilli par une famille, de vivre sous le même toit que des Japonais, des vietnamiens ou n’importe qui d’autres qui vous ouvre les portes de sa maison dans le pays que vous traversez, est inestimable.
Et si en plus ils ont des livres érotiques, alors là, c’est carrément l'extase.
11 juillet 2006
Einstein à toutes les sauces
Passer d'un pays à l'autre est devenu aussi simple que de pousser une porte pour changer de piece. Le trajet Paris-Bangkok en avion ne prend guère plus de temps que de faire Lilles-Marseille en voiture. Evidemment ce n'est pas le même prix, mais en comparaison, rester un mois en thailande revient moins cher que de se payer une semaine sur la côte. Alors comme dirait l'autre, tout est relatif.
26 juin 2006
Vietnam. Flashback 01.
Septembre 2004, Vietnam.
Hier soir j’etais avec Makiko.
Ensemble, on a ete a la piscine de phu my hung, un endroit un peu en dehors de Ho chi minh dans le 7e district.
Phu my hung, c’est un nouveau quartier residentiel, une cite dortoire toute neuve pour les riches, un ensemble immobilier qui s’etale sur des hectares avec ses avenues tracees a la regles, ses rangees d’habitations bien alignees, son petit centre commercial bien propret. Un monde glace qui vient d’emerger il y a peine trois ans sur d’anciens terrains marecageux en bordure de riviere.
Ce quartier ne correspond a rien de ce qu’on peut voir au Vietnam, c’est un ensemble architectural neutre sans coherence avec le pays lui meme. Ou se trouve-t’on quand on est la bas? A Miami, en Baviere, a Caraccas?
Le plus marrant, c’est qu’il n’y a pour l’instant que tres peu de gens qui y habitent. C’est pratiquement desert, ca renforce encore plus cette impression de decalage, d’uniformite imbecile et cette desertion s’explique aussi par le fait qu’il n’y avait jusqu’a recemment qu’une seule route importante pour y acceder. Cette artere est d’ailleurs une des voies les plus empruntees par les camions qui vont et viennent a Ho chi minh. C’est un veritable enfer pour les usagers, elle est dangereuse pour les deux roues et les bouchons y sont frequents. Alors meme si les gens aises ont envie d’avoir leur petit monde tranquille rien qu’a eux apres le boulot, l’idee meme d’avoir a se taper un tel trajet tous les jours en a rebuter plus d’un. Ca ne s’accorde pas vraiment avec le concept aseptise qui doit faire l’attrait de Phu my hung. Bon apparemment, ils ont fini par se remuer tout en haut, une nouvelle route est en cours de finition. C’est le paysage et les expropries qui font la gueule, mais apres tout qui s’en soucie?
Donc Phu my hung offre tout le confort dont on a besoin quand on en a les moyens. Il y a une ere de golf, une grande roue, des quartiers securises, des petits magasins cleanos, des pizzerias, des immeubles de 15 etages... Ouais c’est tout le Vietnam quoi! Il ne manque plus qu’un Mac Donald, mais fort heureusement le geant de la bouffe en plastique n’a eu ni les honneurs, ni l’autorisation de son entree dans le pays. Mac Crado peut envahir le monde entier, mais pas le Vietnam!
L’un des autres avantages de vivre a Phu my hung, c’est qu’on peut aussi profiter de son hopital hyper moderne, le VF hospital. Un outil pour les medecins franco-vietnamiens absolument unique. Enfin, ca c’etait l’ambition initiale... Car aujourd hui, apres sa creation il y a 2 ans, hormis les problemes lies a son organisation internes, le batiment tire une tronche de gueule cassee. Encore une fois, ca a du bien chauffer du cote des neurones a l origine du projet... Il semblerait que les architectes aient tout simplement eluder le probleme du terrain... Marecageux. Du coup, les paves autobloquant des voies d’acces interieures ont comme subis des minis tremblements de terre, les murs se craquellent, se fendent, quand il pleut dehors les patients et les medecins ont la chance d’en profiter aussi dedans. Dans les apparts attenants, les portes ne ferment plus. Mais bon, ne soyons pas medisants, depuis leurs habitations pourraves, les résidents ont vue sur la piscine toute proche, celle ou justement je suis alle me prelasser avec Makiko.
L’interet d’aller dans cette piscine plutot qu’une autre, tient en partie aux raisons enoncees plus haut.
Depuis la premiere fois ou j’y ai trempe les doigts de pieds, je n’y ai jamais vu personne! Oh, exceptionnellement j’y croise un ou deux expatries avec leurs enfants, mais ceux la se sont perdus, sans aucun doute. Pour la peine, c’est comme si cette piscine etait l’annexe de ma chambre d’hotel, j’y invite qui je veux, quand je le souhaite, la nana de l’accueil me reconnait comme si j’en etais le seul membre exclusif. Le prix y est juste un peu exorbitant, 40000 dongs. Une pure folie quand on sait que les plus cheres entrees a ho chi minh plafonnent a 20000 dongs. Ca oblige carrement a boire une biere de moins au Long Phi bar! C’est aussi le prix de l’exigence, l’eau y est tout a fait propre, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs.
Il y a une fausse plage pour faire de vrais chateaux de sable, des petits jets d’eau pour agrementer le decorum et comme la fermeture est a 20 heures, les fesses dans le petit bassin, les romantiques peuvent admirer le coucher de soleil et les passionnes de chyropteres, le ballet des chauves-souris venues chasser a la surface de l’eau.
Pour ceux qui a Ho chi minh se sentent au bord de l’asphyxie, voila a peu de frais un petit paradis artificiel qui eloigne un moment des gaz d’echappements et du bruit omnipresent de la circulation ininterrompue.
Scene de metro a Seoul.
Un type bourre et tonitruand s'adresse a sa femme comme le ferait un petit manager abusant de son miserable pouvoir sur un employe bouc-emissaire. Le petit chef imbibe se contorsionne et parle tres fort. Les images de dictateurs gesticulants surgissent sans peine a la vue de ce triste spectacle. De remontrances appuyees en menaces verbales, le sinistre con donne a voir le pire de ce que represente la mentalite masculine coreenne de sa generation. Dans cette culture, l'homme est un roi et la femme est soumise. Ce schema tend a s'estomper avec les nouvelles generations, mais de l'avis de quelques jeunes coreennes avec qui j'ai discute, l'egalite des sexes n'est pas pour demain.
Il bouscule soudain la passagere qui a eu la malchance de s'assoir a cote de lui. Se tournant vers elle, il la prend a parti. Elle esquisse un sourire gene tandis que le vieux connard continue de l'importuner. Au moment ou saturee de son comportement, elle se leve pour changer de banquette, il tente de lui taper sur les fesses et effleure sa robe de la main d'un geste maladroit. Elle s'eloigne vers l'arriere du wagon. L'emmerdeur pique dans son orgeuil, se leve, part dans sa direction et la ramene par la main s'assoir de nouveau a ses cotes!
Les portes du train s'ouvrent et l'infortunee en profite pour regagner sa liberte. coincidemment, Le couple suit, c'est aussi leur station. Au moment ou elle s'apprete a emprunter une des voie d'acces vers la sortie, la femme bifurque et revient finalement dans le wagon. Elle cherchait juste a se depetrer de cette situation absurde. Le type deboussole est soudain pris d'une nouvelle lubie. Alors qu'il etait en train de s'eloigner, il lache soudain la main de son epouse pour se rediriger vers le train dont les portes se referment heureusement in extremis devant lui!
Incroyable, pour un peu, le gars suivait l'inconnue pour une direction qui n'est pas la sienne et laissait sa femme seule sur le quai!